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Télétravail

Le bureau a encore de beaux jours devant lui…

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74 % des répondants souhaitent retourner sur le lieu de travail pour des raisons telles que la socialisation avec les collègues ou la nécessité de séparer vie privée et vie professionnelle. Monkey Business Images / Shutterstock

Si les lieux de travail sont désormais pensés afin de s’adapter aux besoins des occupants, avec une notion de bien-être essentielle, les nouveaux besoins post-confinement vont incontestablement modifier la valeur d’usage du bureau des années 2020.

Au-delà de la nécessité de retrouver en partie certains usages, une nouvelle révolution de bureau est sans doute en train de se préparer. C’est bien ce que nous révèle la nouvelle enquête de la Chaire Workplace Management de ESSEC Business School, réalisée en ligne auprès de plus de 800 employés de bureau.

Elle permet d’appréhender les besoins post-confinement des employés de bureau, et en particulier leur perception de leur espace de travail et leur nouvelle façon d’occuper l’espace tertiaire de bureau. Sans surprise, la crise sanitaire et le confinement ont fait évoluer les besoins des employés de bureau.

Ainsi, 53 % d’entre eux affirment que leurs besoins professionnels post-confinement ont changé, avec notamment la nécessité de prendre en compte plus d’hygiène et de sécurité dans l’espace de travail (32 %), le besoin de revoir le temps consacré au télétravail par l’entreprise (27 %) et le besoin de plus d’autonomie (18 %).

Télétravailler, oui, mais à temps partiel

En France, lors de la période de confinement un actif sur cinq était en télétravail à temps plein. Cette expérience semble être bien appréciée par l’ensemble des répondants de notre enquête, car ils sont 69 % à affirmer qu’ils aimeraient continuer à faire du télétravail post-confinement.

Certaines entreprises, motivées par la maîtrise des coûts immobiliers mais également dans le but de respecter des normes gouvernementales établies dans le protocole national de déconfinement pour les entreprises – notamment la règle de 4 mètres carrés par employé afin de garantir une distance minimale d’un mètre autour d’une personne dans toutes les directions – pourraient être tentées par la pérennisation du télétravail à temps plein.

Cependant, ce souhait de télétravail à plein temps n’est pas partagé par les employés de bureau qui ont répondu à notre enquête. En effet, post-confinement, ils sont seulement 12 % à vouloir faire du télétravail à temps plein, et cela varie selon la catégorie professionnelle. Ainsi, les cadres sont 86 % à vouloir continuer à faire du télétravail, cependant seulement 5 % d’entre eux aimeraient le faire tous les jours ouvrables. Les employés sont, quant à eux, 57 % à vouloir continuer à faire du télétravail, et 21 % d’entre eux aimeraient le faire à plein temps.

Cependant, les entreprises attirées par l’idée de généraliser le télétravail à plein temps doivent aussi prendre en compte l’impact positif de l’espace de travail sur la créativité et la productivité des employés.

Plusieurs études ont montré que le nombre de personnes qu’un employé croise pendant sa journée de travail au bureau (ou ses interactions face à face) est positivement corrélé à des mesures de productivité et de satisfaction au travail.




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Aussi, les répondants ont exprimé un certain nombre d’attentes en ce qui concerne la poursuite du télétravail dans la période de post-confinement. Ils ont exprimé le besoin de bien délimiter leur vie personnelle et leur vie professionnelle, ils veulent pouvoir disposer d’outils informatiques plus performants pour le travail à distance. Enfin, ils souhaitent avoir plus d’autonomie dans l’exécution de leurs activités.

Un espace de travail à soi

Si les trois quarts (74 %) des répondants de notre enquête confirment souhaiter retourner au bureau pour des raisons diverses liées à la socialisation avec les collègues, au besoin de sortir de chez eux, à la nécessité de séparer vie privée et vie professionnelle, ils sont néanmoins près de la moitié (47 %) à penser que l’espace de travail qu’ils avaient avant la crise sanitaire du Covid-19 n’est plus du tout adapté à leurs nouveaux besoins post-confinement.

En ce qui concerne l’espace physique, les principales raisons alléguées par les répondants sont notamment la forte densité des personnes et la difficulté d’adapter leurs espaces de travail aux règles d’hygiène et aux distances de sécurité.

Le type d’espace de bureau influence considérablement cette perception. En effet, les employés occupant avant le confinement des espaces ouverts de bureaux (en flex office, voire également en coworking) sont à plus de 58 % convaincus que ces espaces de travail ne correspondent plus à leurs nouveaux besoins post-confinement.


Extrait de l’étude « Mon bureau post-confinement » de la Chaire « Workplace management » de l’ESSEC Busines School (mai 2020)

Aujourd’hui, la plupart d’entre eux manifeste une préférence pour des espaces de travail avec des postes de travail attribués tels que l’open space, le bureau partagé et le bureau individuel.

C’est en particulier le cas des utilisateurs du flex office qui, post-confinement, sont 61 % à préférer des espaces de travail avec postes de travail attribués, ou des occupants des espaces de coworking, qui choisiraient de préférence à 43 % des espaces partagés ou individuels.

Ainsi, pour un tiers des répondants, le bureau post-confinement idéal est incontestablement le bureau individuel. Le télétravail vient en seconde position avec 25 % de préférences. L’open space avec poste de travail attribué reste une option retenue et arrive en troisième position avec 17 % des préférences.

Autre élément à noter dans notre enquête, les répondants ne sont qu’une minorité à considérer le flex office (6 %) et le coworking (3 %) comme l’espace de travail idéal post-confinement.

Quelques disparités

Ainsi avec la crise sanitaire, la notion même de partage d’un poste de travail par plusieurs salariés est remise en question. En effet, 71 % des répondants n’y sont pas favorables. C’est en particulier le cas pour ceux qui n’y sont pas habitués et disposent d’un poste de travail attribué (tels que les usagers d’open space avec 78 %). Ils seraient toutefois prêts à l’accepter pour un horaire de travail plus flexible (46 %) ou un bureau plus proche du domicile (33 %).

Au contraire, ceux qui sont habitués au partage d’un même poste de travail dans des espaces de flex office ou de coworking, sont moins réticents : ceux qui avant le confinement travaillaient en flex office sont favorables au bureau partagé à 51 % et ceux qui travaillaient dans des espaces de coworking le sont à 33 %.


Extrait de l’étude « Mon bureau post-confinement » de la Chaire « Workplace management » de l’ESSEC Business School (mai 2020)

Contrairement aux idées reçues et largement véhiculées, il n’y a aucun effet générationnel sur le choix du bureau idéal. Nos résultats montrent qu’il n’y a pas d’association significative entre la génération à laquelle appartient le répondant et le type d’espace de travail idéal post-confinement.

En revanche, il existe une association statistique significative entre le genre du répondant et son choix de l’espace de travail idéal post-confinement. Les femmes ont une préférence plus marquée que les hommes pour le télétravail et les hommes une préférence supérieure pour les espaces en flex office et le bureau partagé.

Espace de coworking géré par l’entreprise WeWork présente dans le monde entier (ici, à New York).
NYCStock/Shutterstock

Incontestablement, l’immeuble de bureaux des années 2020 sera autre, privilégiant certainement des postes de travail peu ou moins partagés, répondant aux nouveaux besoins des collaborateurs, plus souvent en télétravail quand ils le pourront. Dire que le flex office et le coworking seront dépassés est pour le moment encore trop hâtif. Dire qu’ils seront repensés semble dès aujourd’hui une évidence.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.



Ingrid Nappi, Professeur, titulaire de la Chaire « Immobilier & Développement Durable » et de la Chaire « Workplace Management », ESSEC

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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