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Télétravail

Se réunir en marchant pour améliorer la créativité et les relations de travail


Une ambiance plus décontractée se fait ressentir lors de réunions actives et cela pourrait favoriser davantage les interactions sociales entre collègues. Shutterstock

Le niveau d’activité physique des Québécois est en baisse. Les nombreuses possibilités d’être actif, qui ont été suspendues pendant la pandémie, sont certainement en cause. Une solution existe : faire des réunions actives !

Pour plusieurs d’entre nous, le télétravail imposé a modifié notre façon de travailler et nos habitudes de vie. Bien qu’on pourrait croire que le fait de ne plus avoir à se déplacer pour se rendre au travail a permis de libérer du temps pour nos loisirs, la pandémie n’a fait qu’exacerber une tendance à la sédentarité qui s’est incrustée peu à peu dans nos milieux de travail notamment grâce à la modernisation de plusieurs tâches.

En tant que doctorante en management, spécialisée en kinésiologie, je m’intéresse aux nombreuses interventions qui ont été introduites sur les lieux de travail pour réduire les comportements sédentaires et augmenter l’activité physique. Dans le cadre de mes recherches, je me suis intéressée plus particulièrement aux réunions actives. J’ai réalisé une étude où les participants ont été invités à tenir une réunion pendant qu’ils pédalaient sur un vélo stationnaire.

Bouger en travaillant

Les réunions actives portent bien leur nom : il s’agit de tenir une réunion en mode actif. Les réunions actives peuvent s’effectuer sous diverses formes : en marchant, en pédalant (sur un vélo stationnaire) ou en courant. La forme de la réunion dépendra du nombre de participants, de sa durée, de ses objectifs, des besoins de l’organisation, mais surtout des ressources disponibles.

Avec l’arrivée du printemps, et comme les risques de transmission du virus à l’extérieur sont minimes, je ne serais pas surprise de voir des collègues tenir leur réunion en marchant et apercevoir des télétravailleurs tenir des rencontres téléphoniques dans les rues de mon quartier.




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Les réunions étant fréquentes (plusieurs d’entre nous enchaînent maintenant plusieurs rencontres virtuelles sans pause), l’intégration d’une activité physique pendant celles-ci représente plusieurs avantages comme la diminution du niveau de stress et de fatigue.

Notre étude a démontré que les participants à une réunion active (dans ce cas, sur un vélo stationnaire) étaient aussi concentrés et attentifs pendant cette réunion que lors de la réunion assise. Leur niveau de stress était considérablement moins élevé et la fatigue ressentie dans les heures suivant la rencontre active était aussi moins élevée. L’activité physique a donc eu un effet énergisant sur les participants.

Au-delà des bienfaits sur la santé et du maintien de la performance au travail, il y a d’autres avantages potentiels à se réunir en bougeant : cela permet d’aplanir les liens hiérarchiques et d’augmenter la créativité.

Se rapprocher de ses collègues

Une ambiance plus décontractée se fait ressentir lors de réunions actives et cela pourrait favoriser davantage les interactions sociales entre collègues. Le contexte plus informel d’une réunion active permettrait aussi aux employés de discuter de sujets dont ils n’osent peut-être pas discuter lors de rencontres plus formelles et ainsi se rapprocher de leurs collègues. Cela aurait pour conséquence d’ouvrir la communication et d’entretenir des relations positives entre les employés.

Les réunions en marchant, comme elles se réalisent habituellement entre un petit nombre de participants (2 ou 3), favoriseraient une communication plus ouverte où chacun a la possibilité d’exprimer son point de vue. De plus, le fait de ne pas se parler en « face-à-face » (car les participants sont debout, en marche, et donc côte à côte) peut rendre les employés plus à l’aise de discuter de sujets qui génèrent habituellement plus de tensions.

Dans le même ordre d’idées, cette forme d’entretien peut réduire l’aspect imposant d’une rencontre avec son ou sa gestionnaire. Entendre son directeur reprendre son souffle entre deux phrases peut parfois faire diminuer l’anxiété associée à une rencontre ! Côte à côte, en marchant ou en joggant, nous sommes au même « niveau ». Ainsi, il est beaucoup moins intimidant et confrontant de se rencontrer sur une piste de course, par exemple, que dans un bureau.

Augmenter sa créativité

Ce ne sont pas tous les types de réunions qui se prêtent bien au mode actif. Il est aussi souvent plus approprié de tenir une réunion active avec des membres de son équipe qu’avec des parties prenantes externes. Les réunions de types « brainstorming » sont certainement adaptées au mode actif. D’ailleurs, la marche est considérée comme une solution accessible et efficace pour augmenter la créativité et favoriser la génération d’idées novatrices.

Les réunions actives peuvent s’effectuer sous diverses formes : en marchant, en pédalant (sur un vélo stationnaire) ou en courant.
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Vous l’avez possiblement déjà expérimenté : avoir une idée de génie lors d’une marche ou lors d’un cours de cardiovélo. Il y aurait également un sentiment de contrôle accentué lorsqu’on a la possibilité de combiner une activité physique à une tâche de travail. Offrir la possibilité de marcher tout en écoutant une réunion ou une présentation donnerait aux employés un plus grand sentiment de contrôle, qui à son tour favoriserait l’engagement au travail.

Contrer les risques de la sédentarité

Les risques associés à la sédentarité des travailleurs sont connus depuis longtemps. Dès le 1VIIe siècle, Bernardo Ramazzini, médecin italien considéré comme étant le père de la médecine du travail, conseillait aux travailleurs sédentaires de faire de l’activité physique pendant leurs congés afin de contrer les effets néfastes de nombreuses journées sédentaires.

Bernardino Ramazzini, considéré comme le père de la médecine du travail avait démontré dès le 17ᵉ siècle que la sédentarité des travailleurs ruinait leur santé.
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En 2013, les auteurs d’une méta-analyse rapportaient que pour chaque heure supplémentaire passée en position assise, le risque de mortalité augmentait, et ce, indépendamment du niveau d’activité physique. Or les données probantes sur la sédentarité appuient l’idée du médecin avant-gardiste Bernardo Ramazzini puisque nous savons désormais que l’activité physique permet de réduire, voire éliminer, les risques associés à la position assise prolongée.

La sédentarité correspond à l’ensemble des comportements adoptés en situation d’éveil et caractérisés par une faible dépense énergétique. Par exemple, taper à l’ordinateur en position assise ou lire un livre en position couchée sont des comportements sédentaires.

Il ne faut pas confondre sédentarité et inactivité physique. L’inactivité désigne en fait un niveau insuffisant d’activité physique, c’est-à-dire qui n’atteint pas le seuil d’activité physique recommandé. Pour un adulte, ne pas faire au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée à élevée ou 75 minutes d’activité physique d’intensité élevée par semaine, signifie être inactif.

Les récentes données scientifiques montrent que de hauts niveaux d’activité physique d’intensité modérée à élevée peuvent compenser les risques de mortalité associés à la sédentarité, et ce, indépendamment du nombre d’heures passées en position assise.

Des cibles irréalistes

Il y a de quoi se réjouir, puisque cela signifie qu’on peut passer de nombreuses heures assis sans trop s’inquiéter, pourvu qu’on soit suffisamment actif physiquement. Mais pour que notre niveau d’activité physique soit suffisamment élevé pour éliminer les risques inhérents à la sédentarité, celui-ci doit dépasser 300 minutes par semaine.

Autrement dit, on doit faire plus du double des recommandations (au moins 150 minutes par semaine), pour pouvoir être sédentaire autant que nous voulons sans avoir à nous soucier des effets néfastes. Or les adultes canadiens passent en moyenne 9,5 heures en position assise par jour et un sur cinq seulement atteint le niveau recommandé de 150 minutes par semaine.

Ainsi, il est peu réaliste de penser qu’un nombre important de travailleurs dépassent les 300 minutes d’activité physique par semaine, alors que moins du quart des Canadiens atteignent les niveaux minimalement recommandés.

Limiter le temps assis

Les récentes recommandations en matière de comportements sédentaires n’ont pas permis d’établir un seuil précis à partir duquel les effets de la position assise sont limités. Les chercheurs recommandent alors seulement de limiter le temps passé à être sédentaire.

Ils recommandent également de remplacer le temps sédentaire par une activité physique, peu importe l’intensité (y compris légère) puisque cela présente des avantages pour la santé. En d’autres mots, il est recommandé d’inclure du mouvement dans sa journée, quelles que soient la nature et l’intensité de ses mouvements.

Les réunions actives sont une des nombreuses façons d’intervenir pour promouvoir la santé des employés. Elles ne régleront pas tous les problèmes, mais lorsque réfléchies et bien implantées, selon une approche globale et en ciblant l’ensemble de l’organisation (ex. : gestionnaires, équipes, employés), elles peuvent s’avérer très intéressantes à la fois pour la santé des employés et pour celle des organisations.

La Conversation

Valérie Hervieux a reçu des financements du Centre de recherche sur les soins et les services de première ligne de l'Université Laval (désormais appelé VITAM)

Caroline Biron ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.



Valérie Hervieux, Doctorante en management, Université Laval

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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