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Travailler au temps du Covid-19 : les inégalités femmes-hommes en chiffres

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Les femmes occupent majoritairement les métiers en contact avec le public et ont de fait été davantage exposées aux risques de contamination depuis le début de la crise sanitaire. De plus, elles ont aussi subi une hausse de la charge de travail pendant le confinement, tandis que la fermeture des écoles s’est traduite pour 43 % d’entre elles par plus de 4 heures de tâches domestiques supplémentaires.

Les femmes ont donc été particulièrement exposées aux risques face à la crise sanitaire, comme le montre les conclusions de l’enquête de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT publiée le 5 mai dernier sur les conditions de travail et l’exercice de la responsabilité professionnelle durant le confinement (34 000 réponses, tous statuts et secteurs professionnels y compris 60 % d’individus non syndiqués).

Dégradation des conditions de travail

Si les femmes n’ont pas été plus nombreuses que les hommes à travailler en présentiel, elles sont bien plus nombreuses à y déclarer exercer des activités « essentielles » dans les secteurs en première ligne face au Covid-19 : santé, commerces, agroalimentaire et services à la personne notamment. En effet, elles déclarent à 70 % que leur activité habituelle est essentielle pour le pays contre 60 % des hommes.

Répartition des réponses selon le genre et pour les salariés en présentiel, à la question « Quelle est la part de votre activité habituelle que vous estimez essentielle pour le pays en période de crise sanitaire ? ».
données enquête

Au sein de ces secteurs à prédominance féminine, le travail s’est intensifié, ce qui explique que les femmes ont été davantage concernées par la hausse de la charge de travail (36 % contre 29 % pour les hommes). De même, 55 % des femmes ont constaté le changement du contenu de leur travail avec la crise (contre 43 % chez les hommes) et 24 % d’entre elles ont vu leur temps de travail augmenter (contre 20 % chez les hommes).

Le changement de contenu du travail est bien plus marqué en présentiel, quand il s’agit d’une activité essentielle ou liée à la demande : il a fallu revoir davantage les procédures (respect des consignes liées au Covid-19 comme la désinfection, etc.) dans les fonctions du commerce, du soin ou des services à la personne notamment.

Par ailleurs, les femmes qui occupent des postes d’ouvrières, employées et agentes de la fonction publique ont été majoritairement concernées par l’activité professionnelle sur site permettant d’assurer la continuité des activités de service public et privées.

Or, dans ces contextes, des facteurs de risque ont été constatés, comme le fait de manipuler des équipements potentiellement contaminés ou de côtoyer de nombreux collègues. Ainsi, les risques de contamination directe ont concerné tout particulièrement les femmes en présentiel.

En effet, elles restent particulièrement présentes dans le secteur de la santé, au contact avec du public (59 % des femmes et 53 % des hommes) et se sont plus souvent rendues sur des lieux en présence de personnes atteintes du Covid-19 (43 % contre 35 % des hommes). Elles ont aussi plus souvent l’obligation d’utiliser les transports en commun pour aller travailler (14 % contre 11 % des hommes).

Face à ces risques, les mesures de protection et de prévention de l’employeur ont été jugées insuffisantes. Cela se traduit par une anxiété : 45 % des femmes (contre 41 % des hommes) ont déclaré partir au travail « la boule au ventre » par crainte de contracter ou de transmettre le virus.

De fait, les femmes en présentiel subissent une forte charge émotionnelle liée au Covid-19 : elles sont 18 % (14 % pour les hommes) à subir des agressions verbales en lien avec la crise et surtout 42 % (26 % chez les hommes) à devoir gérer des conflits ou des personnes en détresse.

Une charge mentale accrue pour les femmes

Selon France Stratégie, 3,9 millions d’emplois sont exposés à un risque d’hyperconnectivité avec la crise du Covid-19. D’après notre enquête, près d’un quart des répondant·e·s dit qu’aucune mesure n’a été mise en place par l’employeur : pas d’équipement informatique, de téléphone, ou de logiciel (fait souligné surtout pour les enseignant·e·s, métier majoritairement occupé par les femmes).




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Mais, notre enquête indique que les hommes ont été plus nombreux à bénéficier de prise en charge financière des frais de connexion, de téléphone et des logiciels (17 % des hommes contre 13 % des femmes). Ils ont déclaré aussi plus souvent avoir un droit à la déconnexion (23 % des hommes contre 20 % des femmes) et ils ont été moins confrontés à un manque d’accompagnement régulier par la hiérarchie (34 % des hommes contre 37 % des femmes).

Le télétravail a donc provoqué la dégradation des conditions de travail : les femmes sont plus nombreuses à déclarer ne pas disposer d’un endroit au calme pour télétravailler (26 % pour les femmes et 20 % pour les hommes). On distingue une corrélation avec la garde d’enfants puisque 44 % des femmes ayant des enfants de moins de 16 ans indiquent ne pas pouvoir travailler au calme, chiffre qui atteint seulement 31 % chez les hommes.

Pour 82 % des parents de jeunes enfants, il n’y a pas eu de réduction de charge de travail du fait de la présence d’enfants. Mais les femmes font plus souvent face à la double contrainte de télétravailler tout en devant s’occuper de leurs enfants durant le confinement (87 % contre 76 %). Cela s’explique notamment par le fait qu’elles vivent plus fréquemment seules avec des enfants, et qu’en couple, leur conjoint travaille lui davantage sur site.

De plus, d’après l’enquête Acemo-Covid de la Dares d’avril 2020, pendant le confinement, à situation égale d’accès au télétravail, ce sont en majorité les femmes (70 %) qui ont pris un congé maladie pour garde d’enfant.

Situation de travail principale selon le genre des répondants.
enquête Acemo-Covid de la DARES

Faute de moyens techniques et ergonomiques mis à leur disposition par l’employeur, 55 % des femmes et 35 % des hommes ont déclaré l’apparition de douleurs musculo-squelettiques. Les risques pour la santé mentale augmentent également. Si en moyenne les salarié·e·s disent percevoir un sentiment d’autonomie et de liberté (42 % d’entre eux), c’est moins le cas des femmes (38 % pour elles et 47 % des hommes, surtout dans les grandes entreprises du privé).

Enfin, 38 % des télétravailleuses (et 29 % des télétravailleurs) se plaignent d’une anxiété inhabituelle. Les parents devant garder leurs enfants tout en télétravaillant sont plus fréquemment anxieux (38 %), un chiffre aggravé pour les femmes (44 % contre 34 % pour les hommes), qui s’explique sans doute par une charge mentale plus forte.

Cette donnée confirme un sondage mené du 31 mars au 8 avril 2020 auprès d’environ 2 000 salariés : les femmes en télétravail sont plus nombreuses en détresse élevée : 22 % sont dans ce cas pour 14 % chez les hommes. Une différence que l’enquête explique par une charge mentale alourdie et un cumul des rôles plus important chez les femmes salariées.

Une vie familiale sous tension

Parmi les parents d’enfants de moins de 16 ans qui continuent à travailler, 43 % des femmes et 26 % des hommes disent passer plus de 4 heures supplémentaires par jour à s’occuper de leurs enfants. Cette situation affecte davantage les femmes en télétravail (47 % alors que le chiffre se maintient à 26 % pour les hommes) qui, dès lors que leur emploi était télétravaillable, n’avaient pas droit à un arrêt « garde d’enfants ».

Temps supplémentaire consacré par jour aux enfants selon le genre et la situation professionnelle durant le confinement.
données enquête

De plus, le confinement a généré des tensions et des violences dans le couple : 20 % des répondants disent que le confinement a généré des tensions dans leur couple. Ce chiffre est encore plus élevé pour les couples dont les deux conjoints sont à la maison, en inactivité ou en télétravail (23 %).

Le fait d’avoir des enfants de moins de 16 ans est un facteur aggravant, probablement du fait de la tension quotidienne liée à la répartition des tâches ménagères supplémentaires afférentes. Ainsi quand les deux conjoints sont au domicile et qu’ils ont au moins un enfant de moins de 16 ans, 28 % déclarent des tensions contre 18 % pour les couples sans enfant de moins de 16 ans.

Pire, 14 % des répondant·e·s ayant signalé des tensions parlent également de violences (physiques et/ou verbales). Quand les deux conjoints sont en inactivité confinés à la maison, ce taux atteint 18 %.

Au global, ce sont 2 % des répondant·e·s qui nous ont signalé que le confinement avait généré des violences (physiques ou verbales) de la part de leur conjoint·e.


Sophie Binet, co-secrétaire générale de l’UGICT-CGT, a participé à la rédaction de cet article.

The Conversation

Louis Erb est chargé d'étude à la Dares.

Rachel Silvera ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.



Rachel Silvera, Économiste, maîtresse de conférences, co-directrice du réseau MAGE, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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